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« Le portable me permet de matérialiser ma pensée, mon désir ou mon émotion sur
le champ »
Photo Joëlle Menrath.
Sociologue, Joëlle Menrath a participé à l'étude « La place du téléphone mobile
dans la société : des discours aux pratiques », conduite par une équipe de 10
chercheurs du GRIPIC/CELSA pour le compte de l'AFOM. Elle livre ses réflexions
sur le marketing mobile à la lumière des enseignements révélés par l'étude à laquelle
elle a participé.
Propos recueillis en février 2006
Quel était l'objectif et la méthodologie de l'enquête ambitieuse que vous avez
conduit pour le compte de l'AFOM ?
Il s'agissait d'évaluer la place réelle du mobile dans la société, de comprendre
les manières de faire et d'être qui accompagnent les usages de cet objet. Première
étude sociétale sur le téléphone mobile, elle rapprochait d'une part l'analyse
des discours et des imaginaires et d'autre part l'observation des situations de
la vie quotidienne. Ainsi, pendant plus de 6 mois en 2004, 10 chercheurs issus
de domaines variés comme la sociologie, les sciences de l'information et de la
communication, la philosophie, la littérature, le cinéma... ont analysé comment
le téléphone mobile était utilisé dans la vie quotidienne sur les terrasses de
café, dans les gares, à la maison, en entreprises, dans les transports en commun...
Quelle est la place réelle du mobile dans la vie des individus ?
Polyvalent, le téléphone mobile a envahi toutes les sphères de la vie personnelle.
Il permet à son propriétaire de gérer tous les aspects de son quotidien. Loin
d'imposer sa loi, le téléphone mobile que j'ai en permanence à ma disposition
s'adapte aux situations que je vis. Le portable place l'individu en position de
contrôle ; il le force à décider, à gérer ses priorités : je réponds ou pas, je
mets sur vibreur, je me connecte à Internet maintenant ou plus tard... C'est l'un
des grands enseignements de notre étude.
Quelles sont les fonctions du téléphone portable qui sont le plus valorisées
par leurs utilisateurs ?
Paradoxalement, ce ne sont pas les fonctions appel et réception d'appels. Les
individus appréhendent tous leur téléphone mobile comme un outil multi-fonction,
aux possibilités infinies. A travers leur mobile et les usages particuliers qu'ils
en font, ils cherchent d'abord à se singulariser. Ils inventent leur outil en
le personnalisant, en définissant leurs propres usages et fonctions. Seul le mobile
permet cette projection et cette appropriation intimes.
Cette analyse est-elle valable pour toutes les générations ?
Oui sauf pour les adolescents qui sont moins dans la revendication singulière.
La force du téléphone portable pour eux est dans sa fonction communautaire. Le
mobile devient médiateur de lien social et véhicule d'affection. Il structure
fortement le groupe : les adolescents l'exhibent en permanence au sein de leur
bande, se le montrent, écrivent leurs messages ensemble, se font écouter leur
sonnerie.
Pensez-vous qu'il y ait un terrain propice au développement du marketing mobile
?
En effet, les marques pourraient utiliser efficacement le mobile en vue d'interagir
avec les consommateurs. Plusieurs faits mis en lumière par notre étude militent
en ce sens. Pour les individus, le mobile ouvre un champ infini de possibilités.
De plus, il a investi l'ensemble des espaces de la vie personnelle de l'individu
: professionnelle, intime, amicale ; pourquoi pas la dimension consumériste ?
Enfin, les individus sont de plus en plus habitués à voir leurs désirs se réaliser
dans un laps de temps très court. Or, le portable que j'ai toujours sur moi me
permet de matérialiser ma pensée, mon désir ou mon émotion sur le champ.
Comment favoriser le développement du marketing mobile ?
Pour que les usagers adhèrent à l'initiative d'une marque, il me semble que la
pertinence de la proposition sera décisive : il faut qu'il y ait une parfaite
adéquation entre la proposition et le moment ainsi que la situation que l'individu
vit. Par ailleurs, il est essentiel de maintenir les individus en posture de contrôle
vis à vis de leur mobile. Les marques doivent donc éviter toute intrusion à travers
leurs actions. Si la relation se développe en respectant ce principe, et si elle
procure à l'utilisateur un vrai plus dans sa vie quotidienne, je pense que les
marques pourraient pleinement tirer partie des avantages du téléphone mobile.
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